Stephen
grandit à Paris, au sein d’une famille d’artistes intellectuels : arrière petit -fils de Frantz Jourdain,
architecte et écrivain, fondateur du Salon d’Automne ; petit-fils de Francis Jourdain, humaniste,
président et fondateur du secours
populaire, écrivain, peintre et créateur de mobilier
d’art ; fils de Frantz-Philippe Jourdain, architecte au talent reconnu et décoré pour ses actions dans la
résistance 39-45. Stephen est entouré d'affection, baigné de pensées
novatrices, non-conformistes, de poésie, de créativité, de temps de
guerre aussi et de courage : lors de la deuxième guerre mondiale, Stephen âgé alors de
huit ans et sa famille doivent fuir Paris, se rendent à Saint-Jean-de-Mont puis en espagne, franchissant à pieds les Pyrénées, avant de rejoindre Londres où son père est espion au service de la résistance.
« Tout
au long de son enfance, Stephen Jourdain a connu ces
«minutes privilégiées» dont parle Blake ; il
vit sa
première expérience à l’âge de quatre ans, en entendant bruire un petit
ruisseau au bord duquel il est assis. Plus tard, à l‘adolescence,
un bienfait que l’existence prodigue rarement va fondre sur lui,
lorsqu’il découvre le cogito de Descartes. Il entre de
façon foudroyante dans « quelque chose qui irradie
une valeur si haute, qui est une nouvelle si fantastique et si
importante, qui culmine de façon si absolue, en dominant par de tels
abîmes tout autre vécu possible, que les sommets antérieurement
découverts se fondent dans la plaine ». Préface de
« La vie à l’endroit » Le courrier du livre - 1965
Stephen Jourdain met en
œuvre un verbe et un sujet qui lui sont propres, un genre littéraire qui bouscule le monde occidental de l’écriture : le
« poète- philosophe éveillé » crée l’événement ; cet événement, ce jaillissement, Stephen Jourdain lui
donnera un nom : « l’éveil ».
Il épouse Paule Costa le 17 Décembre 1954, voue à sa femme, ses
enfants et Hervé - premier fils de son épouse -
un amour fondamental et le pays natal de Paule devient sa terre d'adoption. Stephen passera toutes ses vacances en famille à Muracciole, au coeur des montagnes de Corse.
Stephen Jourdain est publié par, entre autres, les revues Synthèses, NRF, Le
Seuil, Tel Quel, Le Courrier du Livre, La Traverse. Son
premier livre, «Cette Vie m’Aime», avec post-face de Jean Paulhan, est
édité en 1962 chez Gallimard, le prix Fénéon lui est décerné.
Pianiste et jazzman autodidacte, golfeur à l’élégance
naturelle, équilibriste né, braconnier à ses heures, poète, conteur,
Stephen est aimant, impulsif, paniqué par les urgences financières,
gai, drôle et chaleureux. Il fonde sa propre agence immobilière. Il
ouvre chaque semaine son appartement familial à des musiciens
pour des « jazz sessions».
Stephen prends sa retraite,
revend son agence immobilière, quitte Paris et
s’installe, avec Paule, dans une maison au cœur de la forêt
domaniale de Vizzavona, en Corse ; ce sera le tout premier Bed &
Breakfast de l‘île. La joie dêtre proche de ses petits-enfants lors
de week-ends ou de vacances, des années sereines, riches en écriture,
en
publications, et "mini séminaires d’éveil" dans
l’atmosphère chaleureuse de la maison familiale de Vizzavona.
…Cette
chose tellement miraculeuse est injustifiable et n’a aucune
retombée idéologique. Elle ne nous rend pas plus intelligent, ni plus
beau, ni plus riche. Elle ne nous rend pas plus heureux non plus. On
peut dire qu’elle n'intervient en aucune façon dans la gestion des
affaires terrestres et dans votre propre conduite sur terre. Il n’y a
aucune incompatibilité entre ce dont je parle et quelque évènement qui
puisse
prendre place dans le cours d’une vie humaine.
» «Cahiers d’Eveil » Stephen Jourdain - 1997
- Editions du Relié
Convié
et encouragé par ces séminaires, Stephen qui jusque là souhaitait
rester centré sur son travail littéraire, accepte l'invitation à une conférence organisée pour lui ; orateur charismatique,
les invitations se multiplieront.
Fin
2008, Stephen, déclare : « Je crois que j’ai dit tout ce que
j’avais à dire ». Sa dernière conférence en janvier 2009 à Paris est un succès. Le
12 février 2009 il est hospitalisé, entouré jour et nuit de ceux
qu’il aime. Avec «l’incroyable légèreté d’être» dont il a si
heureusement exprimé la beauté, Stephen Jourdain s’éteint le 19 février
2009 à Bastia.
Ses
funérailles ont lieu le 22 février 2009, en toute simplicité, au
petit cimetière de Muracciole où reposent ses parents et sa fille
aînée, en présence de sa famille, de ses plus proches amis, des
habitants de la région ; ceux pour qui il fut un père, un mari, un ami,
un homme d’une richesse et d’une générosité peu ordinaires, mais aussi
l’honneur de la pensée française contemporaine.
« Je suis le secret enfoui dans l’odeur de l’herbe fraîchement
coupée, dans le houououhh du vent s’engouffrant dans le conduit de la
cheminée, dans les cent mille doigts de l’averse de neige, dans la
nacre d’un matin de printemps, dans le message muet d’un alignement de
marrons d’Inde, dans la déclivité de la plage et la danse des poux de
sable ; je suis ce qui jadis vous rendit vivant, je fus l’instigateur
de tous vos émerveillements, de tous vos étonnements, je suis l’unique
raison pour laquelle quiconque, jamais, s’aima et aima, je suis le
secret qui irrigua chacun de vos secrets d’enfant, je suis l’ange que
tout enfant porte en filigrane et que vous avez tué, je suis
vous.» Stephen Jourdain